Un Trône pour des Sœurs . Морган Райс. Читать онлайн. Newlib. NEWLIB.NET

Автор: Морган Райс
Издательство: Lukeman Literary Management Ltd
Серия: Un Trône pour des Sœurs
Жанр произведения: Героическая фантастика
Год издания: 0
isbn: 9781640292611
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qui avaient volé ou qui s'étaient défendues et qu'on avait laissé sans manger pendant des jours, qu'on avait forcées à rester à genoux, qu'on avait battues quand elles avaient essayé de dormir.

      Cependant, elle n'en avait plus rien à faire. En son for intérieur, une ligne avait été franchie. La peur ne pouvait pas la toucher parce qu'elle était noyée dans la peur de ce qui se passerait bientôt de toute façon.

      Après tout, elle avait eu dix-sept ans aujourd'hui.

      A présent, elle était assez âgée pour rembourser sa dette d'années de “soins” fournis par les bonnes sœurs en étant liée par contrat synallagmatique et vendue comme du bétail. Sophia savait ce qui arrivait aux orphelines qui atteignaient leur maturité. Par rapport à ça, se faire battre n'était rien.

      En fait, cela faisait des semaines qu'elle y réfléchissait. Elle redoutait ce jour, son anniversaire.

      Et maintenant, il était arrivé.

      Choquée par elle-même, Sophia agit. Elle se leva sans brusquerie et regarda autour d'elle. La bonne sœur était concentrée sur une autre fille qu'elle fouettait brutalement et il fut donc facile de se glisser par la porte en silence. Les autres filles n'avaient peut-être rien remarqué ou, dans le cas contraire, elles avaient eu trop peur pour dire un seul mot.

      Sophia sortit dans un des couloirs blanc uni de l'orphelinat. Avec discrétion, elle s'éloigna de la salle de travail. Il y avait d'autres bonnes sœurs là-bas mais, tant qu'elle se déplaçait en ayant l'air d'avoir un but, elles la laisseraient peut-être passer sans l'arrêter.

      Que venait-elle de faire ?

      Sophia continua à traverser la Maison des Oubliés, hébétée, à peine capable de croire qu'elle était vraiment en train de le faire. Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles les bonnes sœurs ne s'embêtaient pas à fermer les portes de devant. Au-delà, juste au dehors des portes, la ville était un endroit violent pour tout le monde et encore plus violent pour celles qui avaient commencé leur vie comme orphelines. Ashton contenait autant de voleurs et de voyous que toutes les villes mais aussi les chasseurs chargés de recapturer les filles liées par contrat synallagmatique qui s'enfuyaient. De plus, les gens libres lui cracheraient dessus rien que pour ce qu'elle était.

      Ensuite, il y avait sa sœur. Kate n'avait que quinze ans. Sophia ne voulait pas l'entraîner dans un endroit encore pire. Kate était résistante, encore plus résistante que Sophia, mais elle était quand même sa petite sœur.

      Sophia erra vers les cloîtres et la cour où les filles se mélangeaient aux garçons de l'orphelinat d'à côté, essayant de trouver où sa sœur pouvait être. Elle ne pouvait pas partir sans elle.

      Elle était presque arrivée quand elle entendit crier une fille.

      Sophia se dirigea vers le son, soupçonnant presque que sa petite sœur s'était retrouvée dans une autre bagarre. Cependant, quand elle atteignit la cour, elle ne trouva pas Kate au centre d'une foule qui se battait mais une autre fille. Celle-ci était encore plus jeune, peut-être dans sa treizième année, et elle se faisait pousser et gifler par trois garçons qui devaient quasiment avoir l'âge qu'on les vende comme apprentis ou comme soldats.

      “Arrêtez !” cria Sophia, se surprenant autant elle-même qu'elle sembla surprendre les garçons présents. Normalement, la règle voulait que l'on passe sans réagir à ce qui se passait dans l'orphelinat. On restait tranquille sans oublier son rang. Pourtant, soudain, Sophia avança.

      “Laissez-la.”

      Les garçons s'interrompirent mais seulement pour la fixer du regard.

      L’aîné du groupe la toisa avec un sourire malveillant.

      “Eh bien, les gars”, dit-il, “on dirait qu'on en a trouvé une autre qui n'est pas là où elle devrait être.”

      Il avait les traits violents et le genre de regard mort dans les yeux qui montraient sans doute aucun qu'il avait passé des années dans la Maison des Oubliés.

      Il avança et, avant qu'elle puisse réagir, saisit le bras à Sophia. Elle essaya de le gifler mais il était trop rapide et il la jeta par terre. C'était dans des moments comme celui-là que Sophia aurait voulu avoir les talents de combattante de sa sœur cadette, sa capacité à faire preuve d'une brutalité immédiate dont Sophia, malgré sa ruse, n'était pas du tout capable.

      De toute façon, elle va être vendue comme putain … c'est aussi bien que je prenne mon tour avant.

      Sophia fut choquée d'entendre ces pensées. Elle leur trouvait un air presque gras et elle savait que c'étaient celles du garçon. Elle sentit monter la panique en elle.

      Elle se mit à se débattre mais il lui cloua facilement les bras au sol.

      Elle ne pouvait faire qu'une seule chose. Elle se concentra autant que possible et invoqua son talent en espérant que, cette fois-ci, il marcherait pour elle.

      Kate, cria-t-elle intérieurement, la cour ! A l'aide !

      *

      “Plus d'élégance, Kate !” cria la bonne sœur. “Plus d'élégance !”

      Kate n'avait pas grande considération pour l'élégance mais elle fit quand même l'effort demandé quand elle versa de l'eau dans une coupe que tenait la sœur. La sœur Yvaine lui jetait un regard critique d'en-dessous son masque.

      “Non, tu n'as toujours pas compris. Et je sais que tu n'es pas maladroite, ma fille. Je t'ai vue faire la roue dans la cour.”

      Cela dit, la Sœur Yvaine n'avait pas puni Kate pour autant, ce qui suggérait qu'elle ne faisait pas partie des pires. Kate essaya encore d'une main tremblante.

      Avec les autres filles qui l'accompagnaient, elle était censée être en train d'apprendre à servir élégamment aux tables des nobles mais, en vérité, Kate n'était pas faite pour ça. Elle était trop petite et avait les muscles trop noueux pour le genre de féminité gracieuse à laquelle pensaient les bonnes sœurs. Si elle portait ses cheveux roux courts, c'était pour une raison précise. Dans un monde idéal, où elle aurait eu la liberté de choisir, elle aurait vraiment voulu devenir l'apprentie d'un forgeron ou peut-être se faire accepter dans une des troupes qui œuvraient en ville — ou peut-être même avoir la possibilité d'entrer à l'armée comme le faisaient les garçons. Apprendre à verser du vin avec grâce était le genre de leçon que sa grande sœur, qui rêvait de devenir une aristocrate, aurait apprécié, pas elle.

      Comme si cette pensée l'avait connectée à Sophia, Kate s'interrompit brusquement quand elle entendit la voix de sa sœur dans sa tête. Toutefois, elle eut un doute, car leur talent n'était pas toujours aussi fiable que ça.

      Cependant, le message se répéta et elle perçut aussi le sentiment qui venait avec.

      Kate, la cour ! A l'aide !

      Kate sentait la peur que dégageait ce message.

      Brusquement, involontairement, elle s'éloigna de la bonne sœur et, ce faisant, renversa son pichet d'eau sur le sol en pierre.

      “Je suis désolée”, dit-elle. “Il faut que je parte.”

      La Sœur Yvaine regardait encore l'eau.

      “Kate, nettoie ça tout de suite !”

      Cependant, Kate courait déjà. Elle se ferait probablement battre pour cette offense plus tard mais ce ne serait pas la première fois. Ça ne comptait pas. Ce qui comptait, c'était d'aider la seule personne du monde à laquelle elle tenait.

      Elle traversa l'orphelinat au pas de course. Elle connaissait le chemin parce qu'elle avait exploré tous les recoins de cet endroit dans les années qui s'étaient écoulées depuis l'affreuse nuit où on l'avait emmenée ici. De plus, tard la nuit, elle s'échappait des ronflements incessants et de la puanteur du dortoir quand elle le pouvait et jouissait librement de l'orphelinat dans l'obscurité. En ces moments où elle était la seule à être debout et où l'on